06/10/2013

Rabat

A l'approche de Medhiya peu avant 8 H00, un nombre incalculable de bateaux de pêche nous entoure, de la barque en bois sans lumière au chalutier (même le radar s'y perd).

Le soleil se lève et les pêcheurs relèvent leurs filets. La lumière est très belle. P1060407blog.JPG

Pendant que le capitaine se repose, un petit oiseau se pose sur les cordages, en signe de bienvenue.

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Nous arrivons un peu moins de 30 heurs après être partis de Gibraltar à Rabat, capitale politique et administrative du Royaume du Maroc, siège du gouvernement et de la monarchie.

Présenter le Maroc en quelques mots est un challenge difficile. C'est un pays accueillant, peuplé de Berbères, d'Arabes, de Sahraouis et de nomades, aux paysages de montagnes (Haut Atlas, Rif,...), de déserts (Sahara) et de plages. De Tanger à Agadir, en passant par Rabat, Fes, Marrakech ou Casablanca, ses villes sont très typiques et ses médinas, casbahs et mosquées, à découvrir. Thé vert à la menthe, couscous, tajine, épices, tapis, dattes, … la liste est longue des spécialités locales qui viennent d'entrée à l'esprit et font rêver pour leur exotisme.

La casbah des Oudaïas, majestueuse, se dresse sur la falaise surplombant la rivière Bou Regreg où nous progressons en direction du port de Salé, précédés du pilote qui nous guide.

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Nous avons droit à la venue de policiers et douaniers avec chien renifleur à bord du bateau et les formalités administratives prendront aussi un bon moment (mais au Maroc, c'est le capitaine qui doit s'y coller : affaires entre hommes...)

Il fait à nouveau très chaud, désolés pour ceux qui n'ont plus cette chance :-).

Nous allons, malgré la fatigue, jusqu'à la médina authentique de Salé où est située la marina. Seuls touristes occidentaux, nous achetons galette de pain artisanal, dattes locales très fraîchement cueillies, verveine séchée et petits gâteaux, miam miam!!... Nous avons trouvé les marocains avenants et n'avons absolument pas été importunés.

Ambiance caractéristique du Maghreb, beaucoup de similitude avec la Tunisie où nous avons passé 16 mois, il y a environ 25 ans, cela a un petit côté madeleine de Proust.

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Sur les quais, les bateaux américains sont en nombre et leurs occupants restent beaucoup « entre eux ». La marina est gardée par plusieurs gardes qui se relaient 24 heures sur 24.

Ayant une nuit complète de retard, la capitaine en second se couche très tôt.

07 /10 /2013

Dès 6 H 30 du matin, le pont proche du port est complètement paralysé et c'est un concert de klaxons ininterrompu en provenance des voitures immobilisées dans le bouchon, qui nous réveille, embouteillage classique des grandes villes aux heures de pointe.

Nous prenons le tram pour nous rendre à Rabat et plus précisément dans son envoûtante casbah des Oudaïas , bien entretenue, claire et lumineuse, colorée et fleurie. C'est un labyrinthe de rues étroites où l'on se perd facilement et sans déplaisir. Les portes, très ouvragées, sont superbes. Le café Maure et ses terrasses avec vue imprenable sur Salé est fréquenté par les Marocains qui consomment surtout des boissons telles que coca et sprite et les touristes qui commandent du thé vert à la menthe. Le capitaine craque pour une corne de gazelle et une autre douceur, en accompagnement de son thé.

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Nous arpentons les innombrables souks de la médina de Rabat, véritable fourmilière, beaucoup plus grande que celle de Salé. La vie dans les médinas n'a quasiment pas changé depuis des siècles.

08/10/2013

Nous retournons à la capitale pour visiter le Mausolée en marbre blanc des père et grand-père du roi actuel Mohammed VI, ainsi qu'admirer la Tour Hassan, minaret inachevé d'une immense mosquée détruite dans un tremblement de terre en 1755 et dont subsistent des dizaines de colonnes tronquées. Cette tour est aussi le témoignage de l'âge d'or de la ville

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Nous marchons ensuite jusqu'à Chellah en traversant le quartier chic des ambassades, ministères et résidences des privilégiés. Chicanes, caméras, grillages, hautes enceintes, gardes et grosses mercédès vont de manière incontournable ici, avec.

La ville de Rabat fut habitée dès le VIIIème siècle Av JC par des Phéniciens puis par des Romains qui fondèrent Chellah, dont le déclin commença au Xème siècle.

La forteresse nous propose une atmosphère toute différente : un jardin à la végétation luxuriante (présence d'une source) au-dessus des vestiges romains (tours, muraille et ancienne nécropole) dégage sérénité et fraîcheur, presque une oasis. Nous apprenons finalement le nom de l'arbre à clochettes que nous cherchions il y a quelques jours : Datura,... et il s'agit d'un puissant hypnotique. P1060463blog.JPG

Un clin d'oeil maintenant à nos amis Alsaciens : une colonie de cigognes est installée dans cet endroit agréable : sur les minarets et à la cime des arbres. Elles ont l'air de bien apprécier la chaleur. Reprendront-elles le détroit de Gibraltar pour retourner vers le froid ?? P1060479blog.JPG

Nous assistons de loin à une manifestation encadrée par la police, en nombre aussi élevé que les participants.

09/10/2013

Fès

Réveillés à 5 H 00 par le muezzin, nous partons un peu plus tard à Fès pour la journée. Malgré un tramway bondé, nous arrivons à la gare un peu avant 8 H 00 pour un départ prévu un quart d'heure après. Une demie heure de retard étant annoncée, nous prenons tranquillement un café et découvrons quelques minutes plus tard que le train en question n'est plus sur la liste de ceux en partance. Nous nous précipitons vers les quais et obtenons les explications du contrôleur devant nos yeux ébahis : en fait, le train que nous devions prendre est déjà parti, à l'heure et le suivant a bien une demie heure de retard. La raison est qu'il n'y a qu'une heure de décalage avec la France en ce moment et non deux comme nous en étions persuadés (internet et téléphones nous ayant conforté dans ce sens). Pour la première fois cette année, le Maroc a décidé de prolonger l'heure d'été du 30 Septembre au 30 Octobre.

Pendant le trajet, nous voyons défiler les paysages et constatons la pauvreté des campagnes. Masures, décharges sauvages et centaines de sacs plastiques éparpillés nous font mesurer la différence importante qui existe avec les villes.

Fès est la plus grande cité médiévale islamique du monde et la plus fantastique des villes impériales du Maroc (inscrite au patrimoine mondial de l'Unesco). Elle a toujours eu une réelle influence culturelle et religieuse dans tout le pays.

En 789, Idriss 1er (première dynastie impériale du pays) pensa que Volubilis n'était pas assez grande et créa les plans d'une capitale qui sera construite par son fils Idriss II.

En fin de matinée, une fois sortis de la gare, nous passons devant l'enceinte et les portes monumentales du Dar El-Makhzen /Palais Royal (malheureusement fermé au public), puis déambulons d'abord dans la ville nouvelle de Fès-El-Jdib, vieille quand même de 700 ans et sa médina et faisons enfin une pause dans le parc Jnan Sbil.

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Nous entrons dans la médina de la vieille ville, Fès-El-Bali, par l'une de ses très belles portes. Hassan II, le précédent roi en a également fait ériger une.

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Nous en parcourons les ruelles tortueuses pendant plusieurs heures. On trouve de tout dans les souks : du cireur de chaussures au potier, en passant par le tanneur, l'ébéniste, le bijoutier, le hammam, la mosquée, la medersa (école coranique), le dentiste, le vendeur de cigarettes, celui de faux sacs de marque, droguerie, quincaillerie, vêtements en tous genres, chaussures, lunettes, téléphones portables, coiffeurs,... échoppes minuscules ou véritables palais, il y en a pour tous les goûts.

Cette médina est extraordinaire de par sa taille, son histoire très ancienne et la diversité de ce qui y est proposé.

Le grand écart culturel rencontré est parfois vraiment incroyable : les ânes (toujours chargés de transporter les peaux pour les tanneries, comme cela se faisait déjà il y a plusieurs centaines d'années) portent aussi des bouteilles de coca ; les antennes satellites côtoient les minarets des mosquées.

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Les fontaines en carreaux de zellige témoignent de l'habileté des artisans, tradition de la mosaïque remontant à l'époque romaine.

La tolérance entre communautés religieuses semble ici réelle (en témoigne le quartier juif et ses synagogues).

Certains anciens caravansérails (appelés ici fondouks) où les artisans rencontraient les aventuriers, existent toujours,  entretenus  ou pas, toujours en service (vente de beurre salé, viande séchée) ou pas. D'autres ont une nouvelle fonction, c'est une tannerie que nous découvrirons ainsi, visite très instructive avec les informations d'un ouvrier, guide à l'occasion. Les différentes phases et traitements des peaux de vache, de chèvre ou de la laine de mouton n'ont (presque) plus de secrets pour nous et nous avons en prime une belle vue sur les hauteurs de la ville et ses vestiges romains. Parcours également éprouvant pour notre odorat d'européen : les odeurs sont particulièrement fortes et à la limite du supportable ; pour cette raison, il est paraît-il fréquent d'offrir un bouquet de feuilles de menthe aux touristes, pour en atténuer le désagrément.

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Nous nous arrêtons chez deux marchands de tapis, pour le plaisir des yeux : tapis noués, tapis berbères, il y a l'embarras du choix. Le deuxième est installé dans une maison magnifique (ou plutôt un Riad) et après quelques dizaines de marches, nous avons accès à la terrasse sur le toit. Nous voyons entre autres, la mosquée Karaouine (que nous ne pouvons visiter), l'une des plus grandes d'Afrique et l'université la plus ancienne au monde.



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Le thé vert à la menthe que nous dégustons lentement (il est brûlant selon la tradition) est excellent.

Fès, contrairement à Rabat, est une destination touristique très prisée avec les inconvénients qui vont avec : nous avons été pas mal importunés par des pseudo-guides insistants dont on avait du mal à se séparer, tout en restant courtois mais fermes et du coup, n'avons rien acheté !

10/10/2013

Aujourd'hui est un jour spécial pour le capitaine, qui s'est senti d'un coup plus vieux d'un an et en profite pour se reposer (nous avons marché plus de 5 heures hier et passé plus de 7 heures dans le train).

Ce soir, pour fêter l'événement, ce sera couscous dans un restaurant marocain.

Les problèmes d'internet sont récurrents et les connections toujours très instables, ce qui explique la grande irrégularité dans la mise à jour de ce blog.

Lessive à la main pour Madame, le confort moderne n'étant pas systématiquement accessible...

11/10/2013

Fièvre et donc petite forme pour le capitaine en second. Repartant demain matin, nous faisons quelques provisions alimentaires.

12/10/2013

Vers le Sud

Nous quittons notre emplacement un peu avant 7 H 30. Gas-oil, police, douane (et le chien qui a bien sali le bateau, à cause d'une forte humidité) nous prendront environ 1 heure.

Nous croisons les pêcheurs qui rentrent au port.

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Vent arrière, houle ¾ arrière. Nous hissons la GV puis le génois un peu plus tard. Les villes de Mohammedia, puis Casablanca sont doublées.

Les heures s'égrènent, la journée se termine et la nuit commence à tomber.

C'est à ce moment-là qu'ils arrivent : des dauphins, très près, à bâbord, à tribord, à la proue, à la poupe, ils sautent 2 par 2, s'éloignent, reviennent à plusieurs, c'est très émouvant, on voudrait pouvoir communiquer, qu'ils ne s'arrêtent jamais.

En quittant Gibraltar,
Notre première photo de dauphin
A du vous laisser sur votre faim,
Mais il n'est pas trop tard

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La visite surprise était de bon augure : la nuit sera un peu moins houleuse que la précédente en navigation, les bateaux seront un peu moins nombreux, la lune se montrera un peu et le capitaine dormira un peu plus.

13/10/2013

Lever du soleil et les couleurs qui vont avec.

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Pour cette traversée, plus longue, nous avons pris l'option de faire étape pour une nuit à Safi où nous arrivons vers 14 H 00.

Le vent est violent, l'amarrage à couple avec un chalutier de pêche/école est difficile et folklorique et l'on doit s'y reprendre à deux fois, malgré l'aide du personnel du port (on ne peut pas parler ici de marina).

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Police, douane et formalités à la capitainerie : assez long et fastidieux à régler.

Le contraste avec la marina de Rabat est saisissant : là-bas, tout est fait pour que le plaisancier ait envie de rester le plus longtemps possible, ici, on est plutôt pressé de partir, d'autant que la place est chère alors qu'il n'y a aucune prestation.

Safi est une cité industrielle, pas du tout touristique et dont le port existait déjà du temps des Romains et des Phéniciens. A l'heure actuelle, ce port exporte surtout phosphates, acides et blé. Ce sera du blé pour le cargo d'à-côté, en plein chargement. Le nuage de poussière est si impressionnant qu'on pensait d'abord à du brouillard ! Cette poussière recouvre rapidement notre bateau et s'infiltre aussi à l'intérieur.

Les vagues de ses plages seraient parmi les plus belles du monde (Billabong Challenge 206).

Nous acceptons la proposition d'un employé du port et après avoir escaladé le gros bateau, nous nous rendons à 3 sur sa mobylette, en ville.

Des carrioles remplies de moutons, des habitants tirant l'animal à poil laineux un peu partout : c'est pour l'Aïd-El-Adha (ou Aïd-El-Kebir), une des fêtes majeures musulmanes, celle du sacrifice (qui a lieu cette année le 16 Octobre), 3 jours de réjouissances marqués par le sacrifice d'un mouton.

Un petit passage ensuite dans le quartier des potiers de la médina, spécialité locale, puis une manifestation quasiment sous nos yeux et nous rentrons à pied au port.

Nous ne pouvons pas récupérer nos passeports ce soir : les policiers nous les ramèneront demain matin à 4 H 00 (super!) et nous essaierons de partir à 5. En effet, le vent doit tourner vinaigre plus tôt que prévu et il faut rejoindre Agadir le plus tôt possible.

14/10/2013

Réveil à 4 H 00 et après une récupération des documents très compliquée, départ vers 5 H 30.

L'odeur des phosphates de très bon matin nous soulève un peu le cœur.

Des barques de pêcheurs quittent le port en même temps que nous (5 par embarcation très légère) et nous les plaignons sincèrement : leurs conditions de travail sont vraiment difficiles.

Surprise, l'une s'approche de nous et nous fait signe (il fait nuit). C'est au bout de quelques instants que nous comprenons leur demande : whisky et le capitaine en second se souvient alors d'une couverture récente de périodique marocain : alcool, une nouvelle augmentation.

Aujourd'hui, une pensée pour mon frère qui doit survoler l'Afrique du Nord pour se rendre au Burkina Faso.

D'un coup, en fin de matinée, une grosse houle se lève et s'installe rapidement, accompagnée d'un vent à 20-22 nœuds.

L'avantage : nous voguons, nous glissons sur les flots, malgré les vagues, à une vitesse de 7 nœuds.

L'inconvénient : la « gite » et le couvert : pas très compatibles.

Non, non, notre préoccupation principale n'est pas de nous restaurer, dormir est par exemple, totalement inenvisageable.

C'est comme dans un film que l'on regarde à la télé, confortablement installés dans un canapé : le bateau gite d'un côté, puis de l'autre, véritable coquille de noix sur un océan démonté. Vécu de l'intérieur, c'est encore plus impressionnant.

Un monocoque (famille dont fait partie notre voilier) se redresse, paraît-il, toujours, après s'être couché. Le capitaine en second espère ne pas avoir à vérifier l'info.

15 H 30 : un bruit dans le gouvernail, comme des coups portés violemment, ne rassurent pas du tout l'équipage ; le gouvernail étant un élément essentiel à la navigabilité du bateau, sans lui, une prière ne suffira pas si la mer et le vent sont trop forts.

Le vent forcit : 30 nœuds, puis 35 nœuds avec rafales à 45 (Forces 7 puis 8). Les creux de 1 mètre au départ, passent à 2 puis à 3.

Près de 6 heures très éprouvantes psychologiquement : pas simplement à cause des conditions, certes totalement stressantes et que nous ne souhaitons à personne, mais aussi et surtout à cause de l'épée de Damoclès que constitue « le problème » au gouvernail (apparemment une ou deux vis qui auraient lâché) et qui, vu le contexte, peut se révéler dramatique...

Le mousse, qui a su rester zen pendant tout cet épisode, mettra sans doute un certain temps à s'en « remettre » pour qu'il ne reste plus qu'un simple souvenir..

Vers 21 H 00, le vent commence à se calmer, il n'est plus qu'à une vingtaine de nœuds, la mer quant à elle, reste bien agitée.

Le reste de la nuit, avant d'arriver à Agadir, est moins stressant mais nous sommes fatigués pour ne pas dire épuisés moralement et physiquement.